L’authenticité, la candeur : la force de ce qui est naturel

Publications du Graal

Le roman de Rachel Leclerc, La patience des fantômes (Boréal, 2011), nous amène dans la campagne gaspésienne au début du 20e siècle. Un garçon de 9 ans et demi, assis sur un banc devant la maison pendant que son père se meurt à l’intérieur, se souvient de ce que sa mère lui avait dit à propos de ce banc :

« “Ton père l’a construit quand on est arrivés dans la maison […]. Il dit qu’une femme doit toujours avoir un banc quelque part pour s’arrêter et observer la mer quand elle en a besoin, pour réfléchir à elle-même.” 

Sous la brise du soir, elle lui avait replacé les cheveux. Il l’avait laissé faire, il l’aimait jusqu’à vouloir lui donner sa vie. » (p. 169)

En une seule phrase, à la fin de cette citation, l’auteure nous donne une des plus brèves et des plus belles descriptions d’un amour d’enfant, dans ce qu’il a de plus pur et de plus entier.

Ça fait du bien de savoir qu’on peut encore écrire de telles paroles en toute candeur. Des paroles qui n’auraient aucune valeur, si elles n’étaient pas authentiques.

Celui qui est authentique et naturel ne pose aucun obstacle devant la force qui lui est donnée pour sa vie dans la Création.

Comme un enfant, il n’a aucun préjugé devant ce qu’il ne connaît pas, seulement une grande curiosité. Étant sans obstacle, il peut ainsi être aidé. Et l’aide est là, qui attend qu’on saisisse sa main tendue.

Redevenir comme un enfant, c’est aussi d’apprendre pas seulement avec son intelligence, mais avec une autre faculté plus ancienne qui précède le développement de l’intellect et qu’on appelle l’intuition. Apprendre par ce que l’on vit aussi, et par ce que l’on ressent.

Les poètes parlent souvent de cette conscience qui n’est pas intellectuelle et qui est très active en art — mais pas seulement en art. Voici, par exemple, ces paroles du poète portugais Fernando Pessoa (1888-1935) :

« Je suis né sujet comme les autres à l’erreur et aux défauts, / mais jamais à l’erreur de vouloir trop comprendre, / jamais à l’erreur de vouloir comprendre avec la seule intelligence, / jamais au défaut d’exiger du Monde / qu’il soit quelque chose qui ne soit pas le Monde. » (Le gardeur de troupeaux, Poésie/Gallimard, p. 137.)

Normand Charest pour les Publications du Graal 

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