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Le rêve d'une maison écologique dans Centre-Sud

Auteur : Arrondissement.com

(Archive)

Le jeudi 26 août 2004image alt tag content

Le grand méchant loup peut bien souffler : la maison en ballots de paille de Julia Bourke résiste aux vents et tempêtes depuis 5 ans sur la rue Lartigue. Unique en son genre à Montréal, elle continue à susciter la curiosité.

Nous sommes une trentaine entassés au coude à coude dans le salon de Julia Bourke. L'architecte ouvre exceptionnellement ce soir les portes de sa drôle de maison à une foule bigarrée réunie par l'Université autrement, une initiative du centre de formation permanente de l'Université Concordia qui vise à favoriser l'apprentissage par l'expérience et le récit.

« Je ne peux pas répondre à toutes les demandes », regrette l'enseignante en design et construction à l'université McGill, qui limite désormais les visites de sa demeure aux étudiants.

Il faut dire que son projet de construire une maison en ballots de paille en plein quartier Centre Sud lui a valu une certaine notoriété. Construite sous l'œil des caméras de télévision, entre mai et octobre 1999, à grand renfort d'amis et bénévoles, la petite maison verte de la rue Lartigue demeure unique en son genre à Montréal, premier exemple d'une construction utilisant ce matériau en milieu urbain dans la région.

Une maison dans sa cour arrière

Le projet a vu le jour dans l'esprit de Julia Bourke et de son mari lorsqu'ils ont visité pour la première fois le centre de yoga de Michel Bergeron, un architecte spécialisé dans les maisons écologiques, à Val-Morin. Le couple possédait déjà une maison sur la rue Panet, et celle-ci était dotée d'une vaste arrière cour. L'endroit rêvé pour réaliser le projet.

Plusieurs obstacles se présentaient toutefois du côté de la Ville de Montréal, qui ne permettait pas alors la construction d'un deuxième édifice sur un même lot. En voie de changer son règlement en la matière, la municipalité, intéressée par l'idée, octroyait cependant une bourse de recherche à Mme Bourke afin d'appuyer son projet.

« Nous voulions démontrer qu'avec un design approprié et des changements à la réglementation, la construction de bâtiments sur de petits terrains pouvait permettre de réaliser des projets de logement abordable, différent et de qualité dans un contexte urbain, et du même coup revitaliser des quartiers anciens avec un type de construction respectant le style architectural ainsi que les besoins de la communauté », mentionne Julia Bourke.

700 ballots de paille

Malgré l'opposition de certains voisins, qui auraient préféré continuer à jouir de la vue sur le jardin de Mme Bourke plutôt que de voir surgir un nouvel édifice, les résultats des consultations publiques devaient donner gain de cause aux artisans du projet.

Un beau matin, quelque 700 ballots de paille en provenance d'un agriculteur atterrissent dans la petite rue Lartigue, une petite rue en cul-de-sac située au nord de la rue Ontario. Aidés de quelques amis, Julia et son mari les assemblent comme de gros blocs Lego à l'intérieur de la structure de bois à claire-voie préalablement érigée. Les murs de la future maison ainsi dressés sont recouverts de crépi.

Comment une maison de paille peut-elle traverser les rigoureux hivers montréalais ? l'architecte nous explique que les ballots de paille possèdent un pouvoir isolant supérieur aux matériaux utilisés traditionnellement dans l'industrie. Ce n'est pas pour rien qu'elle a baptisé son projet du nom de Maison R-40 !

Les murs construits en ballots de paille sont aussi étonnamment plus résistants au feu que ceux d'une maison ordinaire. Leur densité leur permet de survivre deux heures aux assauts des flammes.

Une maison écologique

L'aspect écologique de la maison R-40 se retrouve à différents niveaux. Afin de maximiser les économies de chauffage, la dalle de béton a été coulée au niveau de la rue afin de capter au mieux les gains solaires et repose également sur des ballots de paille.

Tous les matériaux inutiles ont été éliminés. Ainsi, il n'y a pas de plaques de gypse au plafond, ce qui laisse les solives de bois apparentes. Une originalité qui a valu à la propriété d'être dévaluée de 15 % par l'estimateur de l'hypothèque, raconte avec ironie Mme Bourke. Les murs porteurs sont en contreplaqué, et la cuisine a un look moderne grâce à ses comptoirs de béton. Enfin, sur les parties de bois apparentes, on a appliqué de la peinture de lait, à base de caséine.

Tous ces choix ont un impact direct sur la facture énergétique des occupants : les coûts sont réduits de moitié par rapport à leur ancienne maison. Ils ont dû toutefois abandonner l'idée d'installer des capteurs solaires sur le toit, un investissement difficile à rentabiliser vue la faible consommation énergétique de la maison.

Mettre la main à la pâte

Julia Bourke voit d'autres intérêts à sa maison : « L'aspect communautaire est important. Tout le monde a mis la main à la pâte, même les enfants. Vivre dans une maison à laquelle tout le monde a participé, cela ajoute à la qualité de vie. » L'architecte dit également avoir été séduite par la simplicité de la construction.

Cinq ans après, la maison est aujourd'hui « à 95 % terminée », confie Mme Bourke. Et elle tient le coup. Seule surprise : des fissures sont apparues dans le crépi à certains endroits.

Le secret pour réussir un tel projet ? « Avoir un plan B et être prêt à assumer des coûts supplémentaires en cas d'imprévu », indique Julia Bourke. Dans son cas, deux semaines après le début des finitions intérieures de la maison, son mari s'est blessé au bras. Ils ont donc dû embaucher un ouvrier pour terminer les travaux. Utilisée au 19e dans l'ouest américain, ce mode de construction est tombé en désuétude avant de connaître un vif regain de popularité dans les années 80. Des dizaines de bâtiments à base de ce matériau sont alors apparues dans les campagnes du Québec. Cependant, pour en trouver des exemples en milieu urbain, il fallait, jusqu'en 1999, se tourner vers les États-Unis.

Blottie au fond de son impasse, la maison en ballots de paille de la rue Lartigue est un défi à l'ère du préfabriqué. Alors que les condos poussent comme des champignons en ville, elle est le témoignage bien vivant qu'il existe d'autres alternatives laissant place à une construction à visage plus humain.

Carole le Hirez - 26 août 2004

Pour de plus amples informations sur la Maison R-40, visitez le site Internet de Julia Bourke .


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