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Les lofts délogeront-t-ils l'art ?

Auteur : Arrondissement.com

(Archive)

Le jeudi 12 mai 2005image alt tag content

Le secteur Marconi-Alexandra, à l'abri des regards, est encore un des secrets les mieux gardés de La Petite-Patrie. Plusieurs Montréalais passent à côté régulièrement de cette poignée de rues proches du marché Jean-Talon et de la Petite-Italie, mais peu s'y aventurent.

Dans ce quartier pour le moins hétéroclite, les petites usines côtoient les ateliers d'artistes et les vignes poussent sur les murs des maisons unifamiliales, disposées ça et là. Des ateliers de mécanique automobile voisinent une dizaine de lieux de cultes aux noms tous plus originaux les uns que les autres. Un cachet que les résidants tiennent mordicus à conserver.

Plusieurs artistes qui ont fait leur nid au cœur de ce secteur, enclavé entre la rue Jean-Talon et la voie ferrée du Canadien Pacifique, craignent de se faire chasser de ce coin pittoresque pour faire place nette à des condos de luxe. Un scénario qui a un air de déjà-vu.

Un premier projet, les Ateliers Marconi, piloté par les investissements Mirelis il y a plusieurs mois, avait mis le feu aux poudres. Le promoteur avait converti une usine de textile désaffectée en ateliers d'artistes. « Ces lofts sont super beaux, avec des fenêtres style portes de garage, un plancher en béton. On voudrait tous y vivre », raconte Rose-Marie Goulet, artiste qui a visité l'une des unités en vente.

69 lofts dans la mire des résidants

C'est maintenant le projet de conversion des immeubles situés aux 7130 et au 7145, rue Saint-Urbain en 69 lofts qui fait des vagues. Les citoyens pourraient bien faire mourir dans l'œuf ce projet, jugé trop dense. Problèmes de circulation et de stationnement et terrasses sur le toit qui jetteraient de l'ombre sur les édifices à proximité inquiètent une vingtaine de résidants du quartier s'opposant farouchement à cette transformation. Spontanément, ils se sont regroupés, formant le groupe des Voisins d'Alexandra-Marconi (VAM).

Paul Litherland, photographe, fait partie des citoyens mobilisés contre le projet immobilier. Il a ratissé le quartier en quête de signatures pour s'opposer à la conversion. Il estime qu'au moins une quarantaine de personnes ont signé pour appuyer l'ouverture du registre, en vue d'un référendum. La contestation du développement immobilier de la rue Saint-Urbain est aussi une façon de tirer la sonnette d'alarme sur le virage que prendra la nouvelle vie de ce secteur industriel déclinant. « Pourquoi la revitalisation est-elle nécessairement synonyme de transformation en condos ? », s'est enquis une membre de VAM lors du dernier conseil d'arrondissement.

Lofts pour artistes ou pour yuppies ?

Vendues entre 175 000 $ et 240 000 $, les lofts des Ateliers Marconi sont un exemple typique de ce que les artistes décrient. Alors que l'immeuble est zoné « ateliers d'artistes et d'artisans », 30 % de chaque unité doit être réservée à l'habitation. Le reste doit servir comme espace de création. Paul Litherland craint donc qu'on utilise cette réglementation, sensée aider les artistes à se payer un lieu de production, pour créer des lofts de luxe que seuls les « yuppies » pourront se payer.

Il est difficile d'appliquer cette règle dans les faits, admet François Purcell. « On ne peut pas tout surveiller et mettre un inspecteur à chacune des portes. De plus, les propriétaires seront déçus s'ils ne sont pas au courant et qu'ils reçoivent leur compte de taxes, puisqu'ils paieront plus cher à cause des deux fonctions. »

Ouverture et diversité

Avant tout, Paul Litherland plaide pour le maintien de la diversité qui donne sa couleur riche à Marconi-Alexandra. Le groupe de VAM veut être partie prenante du redéploiement du secteur qu'ils habitent. « On veut un espace qui soit ouvert aux familles avec du logement social ou des coopératives. On pourrait également acheter certains bâtiments et permettre des usages mixtes ou des coopératives d'artistes. Nous aimerions développer dans un autre point de vue, plus social que celui des promoteurs privés », fait valoir le photographe propriétaire dans le secteur.

L'implantation de logements sociaux dans Marconi-Alexandra est un pensez-y-bien, estime quant à elle Diane Courchesne, présidente de la Table de concertation logement / aménagement de La Petite-Patrie. Si les artistes trouvent leur compte de vivre dans un coin où les services sont rares et où les magasins sont quasi inexistants, il n'en va pas de même pour les familles.

« Il y a un seul dépanneur, qui est toujours fermé, il n'y a pas d'autobus sauf une qui passe par là et il n'y a pas de garderie à proximité », constate la présidente. Une observation qui avait été faite il y a plus de 10 ans, lors de l'adoption du plan d'urbanisme de 1992 et qui est toujours valide aujourd'hui. Dans l'état actuel des choses, l'installation de parents avec leurs enfants serait donc difficile, estime-t-elle.

Une cohabitation à définir

Comment concilier à la fois la fonction résidentielle et industrielle ? Un casse-tête qui n'est pas facile à résoudre. « Force est d'admettre que le secteur est en mouvance industrielle et c'est notre responsabilité de redéfinir ce territoire », concède pour sa part François Purcell. Peu à peu, le textile cède le pas aux nouvelles technologies ou à l'habitation.

Le débat tombe d'ailleurs à point puisque l'arrondissement s'apprête à s'attaquer au quartier Marconi-Alexandra, désigné comme un secteur prioritaire d'intervention, qui fera justement l'objet d'un plan particulier d'urbanisme. En attendant, l'arrondissement annoncera dans les jours qui viennent s'il y aura bel et bien ouverture du registre en vue d'un référendum pour contester les 69 lofts du 7130 et 7145 rue Saint-Urbain. Une histoire à suivre.


Anne-Marie Tremblay - le 12 mai 2005

Sur la photo : Un autre immeuble, rue Marconi, passera bientôt la rampe du conseil d'arrondissement. Comme les immeubles de la rue Saint-Urbain dont la transformation est contestée par les citoyens, ce bâtiment sera converit en condos.


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