Le corridor, bordé de casiers, est rempli d'élèves qui vont et viennent d'un local à l'autre, pendant que d'autres sont penchés sur leur cahier. Pourtant, ce n'est ni la récréation, ni la fin des classes. Le Vitrail est une école alternative dont l'approche est unique au Québec.
« Ici, c'est l'élève qui est le moteur de ce qu'il apprend », explique Normand Paris, directeur de l'établissement. L'école Le Vitrail utilise une méthode pédagogique innovatrice : l'enseignant offre de l'aide et des outils, mais c'est l'élève qui prend sa formation en charge. Par exemple, un étudiant passionné de sciences pourra mettre sur pied un projet sur la croissance des plantes et acquérir des connaissances en français et en mathématiques par la même occasion.
Le Vitrail vise particulièrement à responsabiliser ses élèves. Malgré la va-et-vient incessant qui règne, chacun semble savoir ce qu'il a à faire. « Ce n'est pas une école pour tout le monde, il faut être capable de prendre ses responsabilités », raconte Juliane qui fréquente l'établissement depuis deux ans. « On peut aller à notre rythme. Moi je suis en secondaire 4 en histoire et en secondaire 1 en mathématiques », précise-t-elle.
« C'est une approche qui brise le cadre rigide de l'école secondaire traditionnelle », affirme Daniel Duranleau, commissaire scolaire d'Hochelaga. L'organisation diffère énormément des autres établissements publics. « Les élèves établissent leur horaire de la journée chaque matin », explique le directeur. Ils doivent tout de même être prêts pour les examens.
Une école victime de son succès
L'école a pignon sur rue dans Hochelaga-Maisonneuve depuis août 2003. Son ancienne demeure, située dans le quartier Villeray était devenue trop exiguë. Lors de son ouverture, en 2001, elle comptait 80 élèves. Aujourd'hui, le nombre a bondi pour atteindre 130 étudiants. Depuis son arrivée dans l'arrondissement, elle partage le bâtiment avec une annexe de l'École des métiers de la construction de Montréal. Cette dernière y est depuis quatre ans. Avant l'abandon de l'édifice, la défunte École des métiers de l'Est occupait les lieux.
Le Vitrail est toutefois victime de son succès. Les jeunes qui veulent y aller doivent passer par une liste d'attente. « C'est premier arrivé, premier servi », soutient M. Paris. Il y a une entrevue d'entrée, mais pas de sélection des élèves à proprement parler, tient à préciser le directeur. Pour la prochaine année scolaire, on songe même à accepter environ 22 étudiants de plus, ce qui augmenterait à 150 le nombre d'élèves.
Malgré la popularité de l'école, le nombre restreint d'élèves y rend l'anonymat impossible, un avantage par rapport aux traditionnelles polyvalentes. Cela plaît à Juliane, qui a déjà fréquenté une école secondaire traditionnelle. « Avant j'étais stressée et gênée car j'avais peur que l'on rie de moi. Maintenant c'est mieux et j'ai de meilleures notes. »
Une école impliquée dans son milieu
Bien que ses élèves proviennent de toute la région métropolitaine, l'école s'ancre dans son milieu. L'espace vert derrière l'école, actuellement utilisé pour faire courir les chiens, est dans la mire d'un groupe d'élèves. Ils ont comme projet de le rendre plus accueillant et ont déjà visité les gens des alentours. « Nous n'avons pas vraiment choisi le quartier Hochelaga-Maisonneuve pour nous établir, mais son esprit communautaire s'harmonise à la philosophie de l'école, affirme M. Paris. L'école fait partie du quartier. »
Le Vitrail utilise une approche pédagogique développée par Charles E. Caouette, professeur de psychologie à l'Université de Montréal. Elle vise à développer des jeunes dynamiques, pacifiques et respectueux de l'environnement par une approche où ils sont responsables de leur développement. Lorsqu'on lui demande pourquoi il s'est lancé dans un tel projet, Normand Paris répond : « Pour le défi de faire autrement ».
Stéphanie Parent - 17 février 2004