Paul Cliche

Ex-conseiller municipal du Rassemblement des citoyens de Montréal et membre de Projet Montréal 


Billets (8)

Le jeudi 28 janvier 2010

Expérience novatrice ou schizophrénie politique ?

Après l’avoir sévèrement critiqué, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a finalement voté en faveur de l’adoption du budget de l’administration Tremblay pour se montrer «solidaire» des autres membres du comité exécutif dont il a accepté de faire partie même s’il siège dans l’opposition. Mais les autres conseillers qu’il dirige à l’hôtel de ville s’y sont opposés pace qu’il  ne satisfait pas aux conditions minimales posées par leur parti.

Interviewé à la radio sur ce qui apparaît de prime abord comme de la  schizophrénie politique, M. Bergeron a expliqué que son comportement était dicté  par son désir de réformer la gouvernance municipale. Il a dit avoir l’appui du caucus de ses conseillers à ce sujet.  Prié par un chroniqueur municipal d’expliquer les contradictions entre ses virulentes dénonciations du maire Tremblay durant la dernière campagne électorale et l’appui qu’il lui accorde maintenant, M. Bergeron a répondu que son opinion avait changé parce que ce dernier avait changé. Sa nomination au comité exécutif n’aurait rien à voir avec sa nouvelle attitude, Le chef de Projet Montréal veut oublier le passé et penser au futur. Il admet que sa position a aussi un côté pragmatique, car il  estime qu’on est plus efficace en agissant à l’intérieur du cénacle du pouvoir qu’en brassant les portes pour tenter d’y pénétrer.

Que penser de cette situation pour le moins tarabiscotée?  Sans mettre en cause la bonne foi de M. Bergeron, je pense qu ’il fait preuve de naïveté ou d’inconscience  s’il pense qu’un seul individu, fut-il chef d’un parti, peut  devenir l’élément déclencheur d’une réforme réelle de la gouvernance municipale. Le rôle qu’il joue au comité exécutif lui permettra probablement de faire adopter quelques mesures intéressantes en matière d’urbanisme ou d’aménagement. Mais combien de couleuvres, comme le budget, devra-t-il avaler en contrepartie? Sans compter que la caution qu’il fournit à l’administration Tremblay vaut son pensant d’or pour cette dernière.

M. Bergeron prétend que le maire Tremblay a changé. Pour nous convaincre, qu’il le  mette à l’épreuve immédiatement  en lui demandant, par exemple, de rendre publiques les réunions du comité exécutif puisque ce dernier reste un des rares qui siège encore à huis clos parmi les grandes villes  canadiennes et américaines. Qu’il lui demande aussi d’entreprendre une démarche en vue de l’instauration d’un scrutin proportionnel permettant à tous les votes de compter. À noter que ces deux réformes  font partie du programme de Projet Montréal et que ce dernier a été la principale victime du mode de scrutin majoritaire actuel aux élections de novembre.

Je crains pour ma part que l’expérience de M. Bergeron ne tourne en une folle équipée personnelle dont Projet Montréal et ses idées progressistes fassent les frais. Des dizaines de milliers de Montréalais ont fait confiance à ce jeune parti réformiste lors de l’élection de novembre dernier. Il ne faudrait surtout pas que cet espoir collecif soit déçu. Suis-je trop pessimiste. L’avenir le dira.

Paul Cliche, membre fondateur de Projet Montréal

Auteur : Paul Cliche Date : 2010-01-28 Heure : 09:17:26


Le lundi 7 décembre 2009

Carte électorale: L’adoption du projet Béchard ne permettrait pas de préserver le poids politique des régions

Roméo Bouchard et Paul Cliche, Coalition pour un Québec des régions

Le projet de loi 78 modifiant la loi électorale qu’a déposé à l’Assemblée nationale récemment le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratique, Claude Béchard, veut  resserrer les règles de financement des partis politiques mais aussi modifier radicalement les critères en vertu desquels se ferait dorénavant le découpage de la carte électorale 

Les amendements concernant le financement des partis politiques, même s’ils demeurent incomplets, sont somme toute acceptables et se justifient surtout par l’urgence de la situation. Par contre, ceux concernant la carte électorale soulèvent de graves, problèmes et devraient être discutés séparément des précédents. Le projet de loi devrait donc logiquement être scindé.

Dans le cadre du débat qui a lieu présentement sur la carte électorale, certains leaders régionaux de l’Est du Québec estiment qu’il s’agit d’un «pas en avant». La proposition du ministre suffit visiblement à calmer leur inquiétude devant la crainte de voir le poids politique des régions diminuer si trois circonscriptions y étaient supprimées, comme l’a recommandé la Commission de la représentation électorale. A noter que celle de Kamouraska-Témiscouata, représentée pat M. Béchard, compte parmi ces dernières.

Par contre, d’autres intervenants, comme la Coalition pour un Québec des régions, soutiennent que le projet de loi est de la poudre aux yeux parce que le ministre Béchard n’apporte pas de solutions s’attaquant à la racine du problème cuisant du poids politique décroissant des régions.

Un principe fondamental : assurer l’égalité du vote des électeurs

En faisant des régions administratives la référence en matière de découpage de la carte, plutôt que le territoire national comme c’est le cas présentement, le projet de loi Béchard  remet en question le principe fondamental de l’égalité du vote des électeurs. Elle constitue ainsi un recul important par rapport à la réforme instaurée par le premier ministre René Lévesque en 1979. Il menace même de ramener l’antidémocratique système des «comtés protégés» enchâssé dans la constitution canadienne en 1867 pour «protéger» la minorité anglophone. Ce système empêchait d’apporter des modifications aux frontières d’une dizaine de circonscriptions situées surtout dans les Cantons de l’Est où étaient concentrée la minorité anglophone. Avec l’évolution rapide de la démographie la situation est vite devenue scandaleuse mais la disposition constitutionnelle n’a été prorogée qu’en 1969.

Il faut comprendre que les disproportions résultant entre des circonscriptions sous-peuplés comme celles de l’Est du Québec et sur-peuplés comme celles de la couronne de Montréal seraient de plus en plus grande, à moins d’augmenter considérablement le nombre de députés. Au bout du compte, les régions sous-peuplées n’auront pas gagné grand chose, mais la réforme de nos institutions démocratiques, qui pourrait seule régler le problème cuisant du poids politique des régions,  sera renvoyée une fois de plus aux calendes grecques.

La refonte radicale des critères de découpage de la carte électorale qui est proposée fait fi des avis du Directeur général des élections et de  toutes les consultations des dernières années qui ont mis en évidence qu’il est impossible d’assurer une meilleure représentation des citoyens, des partis et des régions sans modifier le mode de scrutin majoritaire actuel en y introduisant des éléments de proportionnalité.

Le premier ministre Charest, s’y était d’ailleurs engagé, en 2003 et 2006, dans des discours inauguraux de sessions où il présentait  le programme législatif de son gouvernement. Malheureusement, il a abandonné cet engagement depuis; position qu’a confirmée le ministre Béchard récemment. 
 
Pour préserver le poids politique des régions, il faut s’attaquer à la racine des problèmes

Il ne sert à rien de triturer une carte électorale pour lui faire donner ce qu’elle ne peut donner; c’est-à-dire assurer à la fois l’égalité effective  du vote des électeurs et le poids politique des régions, car l’expérience prouve que les principales distorsions proviennent du mode actuel de scrutin majoritaire à un tour plutôt que de la carte.

Seul un mode de scrutin proportionnel peut faire en sorte que chaque vote compte et que tous les partis soient représentés équitablement aussi bien aux niveaux  national que régional. Cette réforme pourrait se traduire par l’instauration d’un mode de scrutin mixte (majoritaire-proportionnel) avec compensation au niveau national mais redistribution des sièges au niveau régional à partir de listes de candidats également régionales, tel que le propose Québec solidaire dans le programme que ce parti vient d’adopter.

Les défenseurs des régions agissent certes de bonne foi en appuyant la proposition de M. Béchard et en s’opposant à l’instauration d’un scrutin proportionnel.  Mais ils se trompent en pensant que le maintien des distorsions causées par une carte électorale inéquitable et la préservation d’un mode de scrutin qui l’est encore plus constituent une façon efficace de renforcer le poids politiques des régions périphériques. Un mode de scrutin proportionnel tel que proposé plus haut leur permettrait d’obtenir un nombre appréciable de députés de région qui refléteraient adéquatement le vote régional.

Ces leaders régionaux livrent malheureusement un combat d’arrière-garde. Le combat d’avant-garde consisterait à s’attaquer plutôt à la racine du problème: la concentration excessive des pouvoirs à Québec. L’État québécois, un des plus centralisés au monde, doit céder une partie de ses pouvoirs aux instances locales et régionales qui ont été jusqu’ici ses créatures. «Il est urgent de réviser la répartition des pouvoirs dans notre collectivité pour rapprocher des  citoyens les pouvoirs de décision et revaloriser les autorités les plus près d’eux pour assurer l’ensemble des services qui affectent la vie de tous les jours», écrivait René Lévesque dès 1977.

La Coalition pour un Québec des régions a proposé un projet de décentralisation régionale pour réaliser cet objectif. Ce projet prévoit la dévolution de pouvoirs actuellement exercés par l’État central, accompagnés de leurs ressources afférentes, aux municipalités et à des gouvernements régionaux autonomes dont les membres seraient élus au suffrage universel. Le parti Québec solidaire a incorporé une politique semblable à son programme lors de son récent congrès.

Par ailleurs, la création d’une Chambre des régions au Parlement québécois, où ces dernières seraient représentées paritairement selon la proposition de la Coalition pour un Québec des régions, pourrait venir compléter la panoplie d’institutions démocratiques nécessaires pour renforcer le poids politique des régions.  

Il peut être tentant, comme en font foi les déclarations de plusieurs dirigeants régionaux, d’appuyer la proposition de Béchard, sous prétexte qu’elle permet d’éviter la disparition de certains comtés dans les régions en perte de population. Mais il s’agit d’une mesure à courte vue qui aboutira inévitablement à un cul-de-sac. Ce n’est pas quelques députés de plus  qui sauveront les régions. Une solution existe mais la voie à emprunter est plus difficile, et pourtant, combien plus prometteuse! 
 

Montréal, 4 décembre 2009

Auteur : Paul Cliche Date : 2009-12-07 Heure : 12:59:08

Commenter ce billet


Le mercredi 25 novembre 2009

Richard Bergeron mettra-t-il Projet Montréal en péril?

Comme on le sait, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a accepté avec joie et empressement l’invitation du maire Gérald Tremblay, chef d’Union Montréal, d’être membre du comité exécutif de la ville de Montréal entièrement contrôlé par le parti au pouvoir, Union Montréal. Responsable de l’urbanisme, il pense ainsi pouvoir influencer de façon capitale les décisions de l’administration dans un sens progressiste. Le maire a d’ailleurs lancé le défi à son nouvel allié de «contaminer» ses collègues avec ses idées. Mais on sait que le pouvoir des idées n’a pas beaucoup de poids devant certains intérêts particuliers contraires au bien commun. Les événements des derniers mois nous l’ont démontré amplement. Ce dernier a fait savoir, par ailleurs, qu’il serait «solidaire» des décisions prises par les membres de l’auguste cénacle qui siègent encore à huis clos. 

Cette situation atypique soulève bien des questions. Normalement, ce genre d’alliance survient entre un parti majoritaire comme Union Montréal et un parti minoritaire comme Projet Montréal après une entente formelle où la formation au pouvoir s’engage à mettre en œuvre certains points importants du programme du parti qui siégerait normalement dans l’opposition. On a alors un gouvernement de coalition. Cette situation se présente surtout avec un scrutin proportionnel où aucun parti n’est majoritaire en sièges mais qu’un se démarque des autres. Ce dernier s’allie habituellement à un parti secondaire avec lequel il a des affinités qui puissent garantir de la  stabilité.

Mais ce n’est pas le cas présentement à Montréal et cette situation atypique soulève des problèmes qui peuvent être cuisants à court terme pour Projet Montréal. Qu’arrivera-t-il le jour - qui n’est pas très loin avec la présentation du budget - où le comité exécutif prendra des décisions qui, dans certains cas, mettront sous le boisseau ou contrediront le programme progressiste de Projet Montréal? Richard Bergeron les appuiera-t-elles au mépris de ses convictions? Et que feront les conseillers de son parti pris en souricière entre le programme qu’ils ont défendu auprès de la population et ce qu’on pourrait appeler les compromissions de leur chef? S’aligneront-ils sur l’administration ? Projet Montréal risque alors de perdre la crédibilité qu’il a acquise progressivement depuis 2004? Je pense qu’il est urgent que les instances du parti prennent une position claire et articulée sur cette questio allant dans le sens de la préservation des idées défendues jusqu’ici par la formation. 

On dira peut-être que je joue ou cassandre ou que mon attitude dénote une mentalité intransigeante me portant à défendre inopportunément une ligne de parti pure et dure. Faisons l’expérience et souhaitons qu’elle réussisse, dit-on. Je veux bien mais je crains que le désenchantement ne soit au rendez-vous au coin de la rue. Et ce n’est pas l’administration Tremblay qui ferait les frais de ce gâchis appréhendé mais bien les idées progressistes mises de l’avant par Projet Montréal, un parti qui fait germer l’espoir dans le coeur de plus en plus de citoyens montréalais qui n’en peuvent plus de l’atmosphère publique débilitante actuelle. 

Paul Cliche, membre de Projet Montréal

Auteur : Paul Cliche Date : 2009-11-25 Heure : 10:47:45


-1-
1 2 3
Mars 2010
D L M M J V S
28 01 02 03 04 05 06
07 08 09 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 01 02 03